Une amie – 6

[Lire le début : Une amie]

Cinq choses sur toi.

Un jour tu m’as écrit « mon médecin m’a dit qu’il fallait que je perde six kilos. »

Six kilos. Un pack de lait. Six kilos de toi, ça faisait beaucoup trop. Complètement con ce médecin, j’ai pensé. Toi qui étais si menue, j’aurais voulue te mettre dans ma poche.

Six kilos. Avec moi tu en as perdus près de soixante.

Tu as dû te sentir légère.

 

Tu as lu La conversation amoureuse d’Alice Ferney, je l’ai vu ouvert tête en bas sur ton lit, et je t’ai entendu en parler avec de la joie dans la voix.

J’ai voulu faire pareil, mais je n’ai jamais réussi à dépasser la troisième page.

J’ai essayé pourtant, pour te sentir encore un peu près de moi, et entendre ta voix.

 

Tu as mis ta bague de fiançailles à l’annulaire de la main droite.

Ça m’a chiffonné. J’ai souvent regardé tes mains pour comprendre, mais je ne comprenais pas.

Quelque chose n’allait pas, ce n’était pas la bonne main.

Et j’avais raison, quelque chose n’allait pas, ce n’était pas le bon garçon.

 

Tu savais te maquiller et moi pas.

J’aimais regarder ton visage le matin alors que j’étais encore hirsute, bouffie et en pyjama et que tu sortais de la salle de bain comme on entre dans une salle de bal.

J’aurais aimé que tu m’apprennes mais j’ai toujours eu trop honte pour te le demander.

 

Je t’ai écrit un roman.

Mais ça tu ne le sais pas. J’espère que tu le liras. J’espère qu’il te plaira.

Quand j’ai envie de tout déchirer, d’appuyer sans arrêt sur la touche retour, de ne plus répondre aux message de l’éditrice car je n’en peux plus de cette histoire qui me dévore et que je veux l’oublier, je pense à toi.

Je t’ai écrit un roman, et tu ne le sauras que si j’oublie que je parfois envie de m’en débarrasser.

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